Des nouvelles de Maurice Sendak
Un homme dans son jardin
Il
cultive son jardin dans le Connecticut, où il possède une
ferme en bois du XVIIIe siècle. Il se
promène avec son berger allemand, qu’il a nommé Herman en
hommage à Herman Melville. Il a soixante-dix-sept ans.
Une journaliste est allée le voir au début de l’année
2006 afin de réaliser son portrait pour le magazine New
Yorker.
Depuis une quinzaine d’années, il travaille beaucoup avec
des directeurs de théâtre et d’opéra. Il a réalisé des
décors pour La
Flûte Enchantée de
Mozart, L’Enfant
et les Sortilèges de
Ravel, La
Petite Renarde Rusée de
Janacek. Il a créé et mis en scène des versions
dramatiques de certains de ses livres.
De Murray à Maurice
Maurice Sendak est né en 1928 à Brooklyn. Il ne s’appelait pas Maurice, mais Murray. Ses parents étaient des immigrés juifs polonais. Son père exerçait le métier de « plisseur » – une profession qui a disparu avec l’invention de la machine à plisser dans les années cinquante. Sa mère ne faisait rien du tout, car elle était déprimée. On voit une mère passive dans Quand Papa était loin (École des Loisirs, 1984).Le petit Murray était très maladif. Sa grand-mère l’habillait en blanc pour le rendre moins visible aux yeux de l’Ange de la Mort. Max porte un costume de loup tout blanc dans Max et les Maximonstres (École des Loisirs, 1967 – le titre original, Where the Wild Things Are, est moins infantile et plus étrange).
Une nuit qu’il souffrait d’une fièvre, Murray s’est levé et a parlé à une photo de son grand-père accrochée au-dessus de son lit. Sa mère a aussitôt déchiré la photo. Ainsi, le grand-père ne pourrait pas convaincre l’enfant de venir le rejoindre au royaume des morts. Maurice Sendak a retrouvé la photo déchirée dans un tiroir après la mort de sa mère. Il l’a reconstituée, encadrée et accrochée au-dessus de son lit.
Un univers de maximonstres
Maurice Sendak a invité dans ses livres non seulement des croyances populaires juives qui ont marqué son enfance, mais aussi divers oncles et tantes (qui ont servi de modèles pour les Maximonstres), les enfants de son quartier de Brooklyn (protagonistes de Rosie, École des Loisirs, 1981 – version originale : The Sign on Rosie’s Door, 1960), le bébé Lindbergh kidnappé en 1932 (auquel le bébé kidnappé dans Quand Papa était loin ressemble comme un frère). Il détestait l’école, mais adorait aller au cinéma avec son grand frère et sa grande sœur. Il est d’abord tombé amoureux de Mickey, puis de Laurel et Hardy.
Dans
Cuisine
de nuit (École
des Loisirs, 1972), le héros s’appelle Mickey et les
cuisiniers qui veulent le mettre au four ressemblent à
Oliver Hardy. Comme Mickey est tout nu dans certaines
images, le livre a été refusé par de nombreuses
bibliothèques scolaires jusque dans les années
quatre-vingt-dix. Ces mêmes bibliothèques avaient déjà
rejeté Max
et les Maximonstres à sa
parution, en 1963, car « les images pouvaient
effrayer des enfants sensibles ». Le magazine
Publishers Weekly avait trouvé les illustrations
réussies, mais l’histoire « ridicule et
incohérente ». Dix-sept millions d’exemplaires du
livre ont été vendus depuis sa publication.
À dix-huit ans, en 1947, Maurice Sendak a illustré un
livre de vulgarisation écrit par son professeur de
physique et gagné cent dollars. Il a trouvé du travail
comme décorateur de vitrines dans le grand magasin de
jouets F.A.O. Schwarz. La responsable du rayon livres du
magasin l’a présenté à une éditrice chez Harper &
Brothers (devenu Harper & Row, puis HarperCollins),
qui lui a commandé des dessins pour Les
contes du chat perché, de
Marcel Aymé. Dès que le livre est sorti, plusieurs
auteurs publiés par Harper & Brothers ont voulu
travailler avec lui. Il a illustré de quatre à six livres
par an au cours des années cinquante. En particulier, à
partir de 1957, les aventures de Petit
Ours, sur
des textes d’Else Minarik – qui lui ont permis, selon la
journaliste du New Yorker, de trouver son style
définitif.
Un enfant à sa fenêtre
Le
premier livre dont il est à la fois l’auteur et
l’illustrateur, Kenny’s
Window, a
paru en 1956. C’est une histoire autobiographique :
celle d’un enfant solitaire qui passe sa vie à sa
fenêtre. Maurice Sendak n’était pas n’importe quel enfant
à sa fenêtre : il dessinait ce qu’il voyait dans la
rue !
Le héros d’un livre de Maurice Sendak est un enfant
solitaire et rebelle qui affronte une situation étrange
ou dangereuse. Face à l’inconnu, il ne se conduit pas de
façon raisonnable, mais compte plutôt sur son instinct et
son imagination. L’histoire est toujours incohérente.
Elle ressemble à un rêve ou à un cauchemar.
De nombreux cinéastes ont voulu porter
Max et les Maximonstres à
l’écran. Maurice Sendak vient d’accepter un projet du
scénariste Dave Eggers et du réalisateur Spike Jonze.
Selon Art Spiegelman, l’auteur de Maus
(cité
dans le New Yorker) : « Maurice Sendak a
redéfini ce qu’est un livre pour enfants – c’est un
livre. »
